Petite Histoire vécue de la Gazelle d'Or

Publié le par Sven Thiriet

L’histoire de la Gazelle d’or… que je connais

L’Hôtel de la Gazelle d’Or, je l’ai découvert en prenant mon poste de chef de réception,

le 17 octobre 1967. Il appartenait alors au baron Jean Pellenc, d’origine belge. Il l’avait

créé dans les années 50 après avoir découvert le concept d’hôtels-bungalows aux Etats-

Unis où il se rendait souvent puisque marié à une demoiselle Keer, fille d’un riche

pétrolier texan qui donna son nom au combustible pour avions, le kérosène. Possédant à

Taroudant une ferme sur plus de 150 hectares d’orangeraies, il imagina de construire dix

pavillons indépendants comprenant deux chambres, étirés en arc-de-cercle autour d’un

club-house abritant la réception, les cuisines, des salons, le bar et la salle de restaurant

ainsi que les chambres du personnel d’encadrement. Face au club-house une allée fleurie

conduisait à la piscine.

Le baron qui était un grand chasseur devant l’Eternel organisait des chasses dans l’Atlas

pour ses nombreux amis qui venaient des quatre coins du monde en trouvant normal qu’il

les accueille dans sa ferme… D’où l’idée de construire une « maison d’hôtes » pour

« hôtes payants » !

L’ouverture de l’hôtel eut lieu au début de l’année 1954 pour accueillir l’équipe de

tournage du film de Jean Becker, « Ali Baba et les quarante voleurs », avec pour vedette

principale Fernandel. Des prises de vues furent tournées notamment dans la Palmeraie de

Tiout mais également dans le merveilleux Ksar d’Aït-Benhaddou, près d’Ouarzazate.

Dès lors, de nombreuses autres personnalités prirent le chemin de Taroudant pour

découvrir ce qui était déjà une « Perle rare », blottie dans un vaste parc aux allées

agréablement dessinées. Les pavillons étaient d’une grande simplicité, rustiques au

confort spartiate. Pas de luxe, juste du bon goût : Les chambres dépourvues de chauffage

possédaient une cheminée que les valets approvisionnaient en bois dès la tombée de la

nuit. Les salles de bains étaient vaste mais manquaient souvent d’eau chaude… car les

chauffe-bains se déconnectaient souvent. Elles étaient dépourvues de climatisation ce qui

explique que l’hôtel n’était ouvert que de la mi-octobre à fin mai. La clientèle de la

« Gazelle d’Or » appréciait la simplicité et le calme de ce cadre enchanteur.

Le personnel d’encadrement était européen, principalement français. Le restant du

personnel d’alors était marocain. Dans le salon circulaire officiait un personnage

majestueux, Baba Ali, le maître du thé à la menthe. Vêtu d’une djellaba blanche, de

babouches blanches et d’un turban blanc, il faisait l’admiration de tous. Sur sa poitrine se

détachait un bouton rouge : il avait été décoré de la Légion d’Honneur, en 1918, lorsque,

rentrant du front, il avait remonté les Champs-Elysées. Il ne parlait pas français, devait le

comprendre, mais lorsqu’on s’adressait à lui, il se raidissait, se mettait au-garde-à-vous et

disait : « Wakha, monsieur » ! Je garde de cet homme un émouvant souvenir. Lors d’un

passage à la Gazelle dans les années 70, j’eus le plaisir de le revoir mais, quelques

années plus tard, lors d’un nouveau passage, j’appris la mort de ce personnage

emblématique de La Gazelle d’Or de ses débuts.

Au cours de ma présence à la réception de l’hôtel, j’ai eu le privilège d’accueillir de

nombreuses personnalités, discrètes, qui voulaient passer quelques jours de détente loin

du tintamarre des palaces de Marrakech. Je n’en citerai que quelques-unes : L’eximpératrice

d’Iran, Soraya, le richissime David Rockefeller, l’acteur Yul Brynner, le fils

du Président Bourguiba, ambassadeur de Tunisie aux USA, Barbara Hutton, l’héritière

des magasins « Woolworth » qui vint passer un mois à la Gazelle après son septième

mariage, à Tanger, avec un jeune marocain qu’elle avait anobli en lui achetant un titre de

noblesse laotien pour en faire le prince Doan Winh… Le prince Moulay Abdallah, frère

d’Hassan II, venait souvent déjeuner avec des artistes, des mannequins célèbres. Le

baron Pellenc accueillait le Général Oufkik en le tutoyant lors de ses venues courtes et

discrètes. Le même personnage attentera à la vie du roi quelques années plus tard. Le

baron était aussi très proche d’Hassan II qui l’avait rassuré, après l’indépendance en

1956, qu’il ne lui prendrait jamais sa propriété de son vivant. Effectivement en 1972, à la

mort du baron Pellenc, sa veuve s’empressa de vendre « La Gazelle d’Or » à des

partenaires marocains. La suite est connue : L’hôtel transformé en une sorte de « Club

Méditerranée » périclita jusqu’au rachat des lieux par Rita Bennis, en 1981.

(Lire sur Internet l’article de Vanity Fair consacré à l’épisode de Rita Bennis)

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